La production de ces appareils devrait se compliquer à mesure que les fabricants de semi-conducteurs privilégient les composants dédiés à l’intelligence artificielle. Au risque de provoquer un choc d’offre majeur pour l’ensemble du secteur.
Selon les dernières projections du cabinet Counterpoint Research publiées le 1er juin, les expéditions mondiales de smartphones devraient reculer de 13,9% cette année pour s’établir à 1,08 milliard d’unités. Un repli nettement plus marqué que les -12,4% anticipés en février.
Il s’agirait de la contraction annuelle la plus brutale jamais enregistrée dans l’histoire du secteur. À l’origine de cette dégradation : une pénurie généralisée de puces mémoires, aggravée par des tensions géopolitiques persistantes et l’instabilité au Moyen-Orient, qui perturbent les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Dans ce contexte, les fabricants de semi-conducteurs réorientent leurs capacités vers des composants à forte valeur ajoutée destinés à l’intelligence artificielle. De quoi raréfier d’autant plus les ressources disponibles pour l’électronique grand public.
Si cette dynamique renchérit les coûts de production pour l’ensemble de l’industrie, tous segments confondus, c’est toutefois l’entrée de gamme qui subit les effets les plus marqués.
Le bas de gamme sous pression
Les coûts de fabrication pour les appareils vendus en dessous de 200 dollars ont ainsi bondi de 20 à 30 % depuis le début de l’année, d’après Counterpoint Research. Dans ces conditions, certains modèles commercialisés à moins de 150 dollars pourraient disparaître, faute de rentabilité face à la hausse du prix des composants, d’après les analystes.
« Les fabricants de smartphones des segments bas et milieu de gamme sont pris entre des hausses de coûts qu’ils ne peuvent pas absorber et des consommateurs au pouvoir d’achat limité. La question n’est plus de savoir comment accroître les expéditions ou les parts de marché, mais s’il faut rester sur le marché tout court », confie Wang Yang, analyste principal chez Counterpoint, cité par Reuters.
Des enseignes chinoises comme Honor (moins 16% des expéditions), Xiaomi (moins 28%) et surtout Transsion (moins 32%) sont particulièrement exposées, en raison de leurs marges structurellement plus étroites sur le segment d’entrée de gamme.
Apple et Samsung, les grands gagnants de la crise
À l’autre bout du spectre, les marques premium tirent leur épingle du jeu. Apple enregistre une demande robuste pour sa dernière gamme et devrait maintenir des volumes d’expéditions globalement stables cette année, avant un retour à la croissance attendu dès l’an prochain, à +5%.
Samsung, de son côté, ne verrait ses expéditions reculer que de 4%, grâce à une chaîne d’approvisionnement diversifiée et à une offre étendue couvrant plusieurs segments.
Alors que la hausse des prix de vente paraît désormais inévitable, tous les regards sont sur des marchés comme l’Afrique et d’autres régions réputés à faible pouvoir d’achat, et donc particulièrement exposés à ce choc d’offre.
