Foot : un arbitre somalien refoulé aux portes de l’Amérique

Sélectionné pour officier au Mondial 2026, Omar Artan s’est vu refuser l’entrée aux États-Unis alors qu’il disposait de papiers en règle.

Omar Abdulkadir Artan, 34 ans, était sur le point de devenir le premier arbitre somalien à officier lors d’un match de Coupe du monde, avant que les autorités américaines n’en décident autrement.

L’US Customs and Border Protection – la police américaine aux frontières – a confirmé le 8 juin que l’arbitre avait été refoulé à son arrivée à l’aéroport international de Miami, en provenance d’Istanbul, deux jours plus tôt. Motif officiel : « des problèmes liés à la vérification de ses antécédents ».

« J’avais les bons documents, j’avais tout, j’avais le bon visa », a-t-il déclaré depuis Istanbul dans un entretien accordé au New York Times, faisant part de sa déception. « Je ne suis qu’un arbitre qui tentait de vivre son rêve, le plus grand rêve de ma vie, participer à la Coupe du monde. »

L’ambassade somalienne à Nairobi avait en effet confirmé qu’il avait été préalablement vérifié par l’ambassade américaine au Kenya et s’était vu accorder un visa à entrées multiples de trois mois, lui permettant de circuler librement entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, les trois pays hôtes de la compétition qui s’ouvre le 11 juin.

Une icône du football africain sacrifiée

L’arbitre raconte avoir été interrogé pendant onze heures avant d’être placé en rétention, puis renvoyé par avion vers Istanbul.

Le profil de l’intéressé rend la décision américaine d’autant plus difficile à justifier. Artan a officié pendant des années sur la scène internationale, notamment lors de la Coupe d’Afrique des nations, et la Confédération africaine de football l’a désigné meilleur arbitre masculin de l’année 2025.

Il est aussi entré dans l’histoire en janvier 2024 en devenant le premier Somalien à arbitrer un match de CAN, lors de la rencontre du groupe E entre la Tunisie et la Namibie. Il a également dirigé la finale de la Ligue des champions de la CAF, qui a vu le sacre du Pyramids FC égyptien face aux Mamelodi Sundowns sud‑africains.

Pour de nombreux Africains, l’affaire dépasse largement le cadre sportif. Ciise Aden Abshir, conseiller principal du ministère somalien de la Jeunesse et des Sports et ancien capitaine de la sélection nationale, a condamné la décision, estimant qu’elle « mine l’engagement du football envers l’équité, le mérite et l’esprit du fair‑play ».

La FIFA fait preuve de couardise

En Somalie, beaucoup voient dans cet épisode un écho aux propos tenus par le président Trump par le passé à l’égard des Somaliens, qu’il a qualifiés de « criminels » et affublés d’un « faible QI ».

Le pays figure par ailleurs parmi les 39 États visés par le décret migratoire de l’administration Trump, même si Artan aurait, en théorie, dû bénéficier d’une exemption en tant que participant officiel à un événement sportif international.

« La FIFA n’est pas impliquée dans les processus d’immigration du pays hôte, y compris les décisions relatives aux visas, et a été informée par les autorités que le statut de M. Artan ne sera pas modifié pour l’instant. Conformément aux précédents événements FIFA, c’est en dernier ressort au gouvernement hôte de décider qui obtient un visa et qui est admis sur son territoire », a déclaré l’instance dirigeante du football, alors même que son président Gianni Infantino avait assuré que « tout le monde serait le bienvenu » lors de ce Mondial.

Andrew Giuliani, responsable à la Maison Blanche du dossier Coupe du monde, a indiqué que, jusqu’à présent, 35 équipes avaient pu entrer aux États‑Unis sans qu’aucun joueur ni entraîneur ne se soit vu refuser l’accès, avant de justifier les refus visant certains officiels.

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