Imagbe Ehizomwengie a décroché un demi-million d’euros à la loterie sans pouvoir l’encaisser, avant de voir un tribunal trancher finalement en sa faveur.
C’est une histoire qui, à elle seule, illustre toutes les contradictions d’un système. Imagbe Ehizomwengie, un Nigérian de 36 ans installé en Italie depuis 2016, sans permis de séjour ni autorisation de travail au moment des faits, achète en novembre dernier un ticket à gratter de la célèbre loterie Gratta e Vinci, dans la ville de Pesaro, dans les Marches.
Le hasard lui sourit : il remporte 500 000 euros. Une somme considérable. Mais au lieu de le libérer, ce gain va l’enfermer pendant des mois dans un enchevêtrement de difficultés administratives, judiciaires et humaines, dont l’issue semblait incertaine.
Sans papiers en règle, impossible pour lui d’ouvrir un compte bancaire en Italie. Or, sans compte, aucun moyen de percevoir ses gains, pourtant obtenus légalement. Il se retrouve ainsi dans une situation paradoxale : posséder une importante somme d’argent sans pouvoir y accéder.
Quand la confiance devient un piège
Dans sa quête d’une solution, Imagbe remet le ticket gagnant à un compatriote de confiance, chargé d’encaisser la somme en son nom, le temps de régulariser sa situation.
Les fonds sont bien crédités. Mais la suite prend une tournure moins favorable. Les relations entre les deux hommes se dégradent, la confiance se rompt, et ce qui devait être une solution temporaire débouche sur un conflit.
Selon les éléments reconstitués par les médias italiens, environ 250 000 euros auraient été escroqués par cet ami, un compatriote nigérian. Imagbe encaisse alors un nouveau coup du sort, mais ne se laisse pas abattre.
Il décide d’investir la moitié restante dans l’ouverture d’un commerce, le Mama Africa, un magasin de produits alimentaires venus d’Afrique, à Falconara Marittima.
Un permis de séjour en récompense
C’est précisément ce saut vers l’autonomie qui va plaider en sa faveur sur le plan juridique. Prenant en compte son indépendance financière nouvellement acquise et le succès de son commerce, le tribunal d’Ancône lui a finalement accordé un permis de séjour, le 4 juin dernier.
Les juges ont par ailleurs considéré le parcours d’intégration de l’homme sur le territoire italien. Ceci implique le travail effectué, la maîtrise de la langue, les liens sociaux construits et surtout l’absence de casier judiciaire.
Une décision qui représente pour celui qui avait précédemment été retenu captif en Libye pendant deux ans, bien plus qu’une formalité administrative. « Je priais pour ce moment depuis mon arrivée en Italie. (…) Obtenir le permis de séjour compte plus pour moi que de gagner de l’argent. Je veux travailler et contribuer à la société », a-t-il confié dans des propos rapportés par le Guardian.
