L’Espagne en ébullition contre son Premier ministre

L’opposition de droite et d’extrême droite a mobilisé la rue contre Pedro Sanchez, accusé de corruption et de dérive autoritaire.

Ils étaient 40 000 selon le représentant du gouvernement à Madrid, le double d’après les organisateurs. Tous avaient toutefois une cible commune : Pedro Sánchez. Le Premier ministre espagnol était, samedi 23 mai, au cœur d’une manifestation visant à réclamer son départ.

Organisée par Sociedad Civil Española, une plateforme regroupant plus de 150 associations, cette mobilisation, baptisée « marche pour la dignité », a bénéficié du soutien des deux principales formations d’opposition : le Parti populaire (PP), à droite, et Vox, à l’extrême droite.

Le cortège s’est élancé depuis la Plaza de Colón, place emblématique du centre de la capitale, en direction de l’Arc de Moncloa, à proximité du siège du gouvernement. Les participants, brandissant de nombreux drapeaux espagnols et certains arborant la croix de Saint-André, ont scandé divers slogans hostiles à l’exécutif de coalition formé par le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et Sumar.

« Une mafia corrompue a séquestré l’Espagne »

« Une large représentation du Parti populaire accompagne Sociedad Civil Española et les citoyens qui veulent librement manifester. Nous avons tous un unique objectif : sortir l’Espagne de ce puits, de ce marécage de corruption« , a déclaré Alicia García, porte-parole du parti conservateur au Sénat.

Pour la dirigeante du PP, « Pedro Sánchez reste dans le bunker de la Moncloa, s’accrochant au pouvoir. Il ne veut que se sauver lui-même ». « Il ne reste plus personne dans l’entourage de Pedro Sánchez qui ne soit accusé de délits gravissimes. L’Espagne est séquestrée par une mafia corrompue« , a estimé pour sa part, le président de Vox, Santiago Abascal.

Ces accusations font écho aux affaires récentes impliquant des proches du chef du gouvernement — notamment son épouse Begoña Gómez et son frère David Sánchez — depuis 2024. Plus récemment, le 19 mai, son prédécesseur et allié José Luis Rodríguez Zapatero a été formellement mis en examen pour blanchiment d’argent, trafic d’influence, appartenance à une organisation criminelle et falsification de documents.

« Nul n’est prophète chez soi »

À l’origine de cette première dans l’histoire démocratique espagnole pour un ancien chef de gouvernement, figure l’affaire dite Plus Ultra, du nom d’une compagnie aérienne, qui aurait bénéficié de financements de l’État pour son sauvetage en 2021.

L’ex-dirigeant est soupçonné d’avoir mobilisé ses réseaux et son influence politique pour faciliter cette opération, qui aurait servi de couverture à des activités de blanchiment. L’accumulation de ces scandales a contribué à fragiliser la confiance des électeurs envers Pedro Sánchez, dont le parti a depuis essuyé plusieurs revers électoraux.

Paradoxalement, le chef du gouvernement conserve à l’international l’image d’un dirigeant progressiste affirmé, notamment dans un contexte de montée des discours identitaires et des politiques anti-immigration en Europe. Comme le rappelle l’adage : « nul n’est prophète en son pays ».

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