Retraites : quatrième semaine de grève, l’exécutif veut-il laisser pourrir le mouvement ?

 

Emmanuel Macron saluant des soldats français du 43e BIMA à Abidjan, lors de sa visite du 20 au 22 décembre 2019 en Côte d'Ivoire.

Alors que la grève contre la réforme des retraites entre dans sa quatrième semaine, oppositions et syndicats redoublent de critiques contre l’exécutif. Ils l’accusent de laisser pourrir le mouvement afin de provoquer un retournement de l’opinion publique.

Emmanuel Macron joue-t-il la stratégie du pourrissement ? Le chef de l’Etat l’avait promis le 21 décembre, depuis Abidjan, alors que débutaient les congés de fin d’année : « Il n’y aura pas de trêve pour le gouvernement pendant cette période compte tenu de nos engagements et de l’importance de la situation ». Mais l’annonce d’un agenda de concertations qui donne rendez-vous aux organisations syndicales à Matignon le 7 janvier – et pas avant – a suscité de nombreuses interrogations et créé la polémique. Il y a aussi les vacances de Noël à Marrakech de la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne, qui a sous sa tutelle le portefeuille des transports.

« Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de rendez-vous qu’il n’y a pas de travail »

Pour le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, il s’agit là d’une « polémique bien inutile », car « les ministres ont droit aussi à quelques moments de partage dans leur famille ». Eric Meyer, secrétaire fédéral du syndicat Sud-Rail, pense pourtant qu’«on fait face à une stratégie du pourrissement, où il n’y a plus aucun contact entre le gouvernement et les organisations syndicales, où le gouvernement est en vacances et laisse la grève se maintenir jusqu’à la rentrée, jusqu’à on ne sait pas quand ». Faux, rétorque Matignon, qui souligne la « volonté forte du gouvernement de continuer les discussions sur les sujets identifiés par les organisations syndicales et ce dans un calendrier qui puisse permettre d’avancer rapidement ».

D’ailleurs, « Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de rendez-vous qu’il n’y a pas de travail », assure Laurent Maillard, porte-parole des députés LREM. Aussi, note-t-il que le secrétaire d’Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari et le nouveau « Monsieur Retraites » du gouvernement, Laurent Pietrasweski, ont arraché cette semaine une suspension de l’appel à la grève de quatre syndicats d’hôtesses et stewards à partir du 3 janvier grâce à des « garanties » données.

Le gouvernement maîtrise l’agenda

Pas du tout convaincu par ces explications, Philippe Moreau-Chevrolet, expert en communication politique, estime qu’on est bel et bien « dans une stratégie de pourrissement », qui permet de « gagner du temps », alors que l’équilibre des forces dans un conflit social est par nature « pas symétrique ». En effet, le gouvernement « maîtrise l’agenda », tandis que les syndicats « sont pressés par leur base », qui « n’a pas forcément les moyens de tenir une grève très longue ». Mais en même temps, il y a le risque d’un « conflit très dur » et d’une « radicalisation », un an après la crise des « gilets jaunes », met-il en garde.

Tous les regards tournés vers le 31 décembre

A gauche, le député LFI Eric Coquerel dénonce un faux-semblant de discussions. A ses yeux, il n’y a « rien de concret » pour les cheminots, alors que « ça fait des mois et des mois qu’ils négocient ».

Tous les regards se tournent désormais vers Emmanuel Macron et les vœux qu’il prononcera au soir du 31 décembre après quelques jours passés en famille dans le Var.

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