Londres veut réduire sa dépendance à Visa et MasterCard

Le Royaume-Uni a engagé les travaux de création d’un réseau de paiement souverain afin de limiter son recours aux groupes américains, sur fond de nouvelles tensions liées aux menaces récurrentes de Donald Trump envers ses partenaires.

Les principales banques britanniques, accompagnées de plusieurs investisseurs, se sont réunies le jeudi 19 février dernier sous la houlette de Vim Maru, directeur général de Barclays UK, pour plancher sur la mise en place d’un système de paiement national.

Ce projet, baptisé DeliveryCo, vise à réduire la dépendance du pays à l’infrastructure financière américaine. En effet, chaque fois qu’un Britannique utilise sa carte, qu’il paie ses achats en ligne ou réserve un billet de train, Visa et Mastercard perçoivent leur commission.

Deux noms si familiers, si omniprésents, qu’on en oublierait presque qu’il s’agit d’entreprises privées américaines dont la puissance dépasse celle de bien des États.

À elles deux, elles traitent environ 90% des transactions par carte dans le monde, hors Chine. Au Royaume-Uni, cette proportion atteint 95%, d’après un rapport de 2025 du régulateur national des systèmes de paiement cité par The Guardian.

Un contexte propice au changement

À ce stade, il ne s’agit plus d’une simple dépendance, mais bien d’un quasi-monopole. Et Londres a décidé qu’il était temps d’y remédier.

« Dans un environnement de risques cybernétiques et opérationnels en constante évolution, un système supplémentaire pourrait renforcer la résilience du paysage des paiements britanniques, en offrant une voie alternative en cas de perturbation exceptionnelle », expliquait récemment Sarah Breeden, sous-gouverneure de la Banque d’Angleterre, dont les propos sont relayés par le Guardian.

Cette initiative prend d’autant plus de relief que Washington n’hésite plus à instrumentaliser ses leviers économiques. Les menaces d’annexion du Groenland proférées par Donald Trump, ses emportements tarifaires et sa tendance à transformer les liens commerciaux en armes diplomatiques témoignent d’un allié devenu imprévisible et centré sur ses seuls intérêts.

« Si Mastercard et Visa étaient désactivées, nous reviendrions dans les années 1950. Bien sûr, nous avons besoin d’un système de paiement souverain », confie un cadre impliqué dans le projet, au Guardian.

Le précédent russe

Ce risque n’a rien de théorique. Avant février 2022, Visa et Mastercard géraient près de 60% des paiements réalisés en Russie. Lorsque les sanctions occidentales sont tombées à la suite de l’invasion de l’Ukraine, les deux géants ont suspendu leurs activités presque du jour au lendemain.

Les cartes émises en Russie ont cessé de fonctionner à l’étranger. Les citoyens se sont retrouvés bloqués, incapables d’accéder à leurs fonds, d’acheter des biens ou de régler des services de l’autre côté d’une frontière.

Si la menace américaine est réelle, Londres se garde toutefois de l’utiliser comme argument politique. Visa et Mastercard figurent d’ailleurs parmi les partenaires financiers soutenant DeliveryCo, dont la mise en service est prévue à l’horizon 2030.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.