À Riyad, même les chameaux ont un passeport

L’Arabie saoudite a officiellement lancé un programme d’identification biométrique et documentaire pour ses quelques 2,2 millions de camélidés. Une initiative inédite qui vise à moderniser un secteur économique majeur.

Imaginez faire la queue au contrôle des passeports d’un aéroport et voir, devant vous, non pas un voyageur humain, mais un chameau, patient, majestueux, attendant son tampon officiel. Le scénario peut prêter à sourire, mais c’est en substance ce que vient d’entériner le royaume d’Arabie Saoudite.

Riyad a officiellement lancé un programme de passeports pour chameaux, une initiative sans précédent qui traduit autant la valeur patrimoniale de cet animal dans le pays que les ambitions de modernisation du secteur.

Lancé début février par le vice-ministre en charge du projet, sous la supervision du ministère de l’Environnement, de l’Eau et de l’Agriculture, le dispositif vise à renforcer la productivité, rationaliser la filière caméline et constituer une base de données nationale fiable sur la propriété des bêtes.

Dans les faits, le passeport sert de véritable carte d’identité. Il indique le nom du chameau, sa race, son sexe, sa couleur, son lieu de naissance et comprend un numéro unique relié à une puce électronique implantée sous la peau. Des photos prises sous divers angles complètent le document.

Un identifiant complet

Le passeport comporte également une rubrique consacrée aux vaccinations, où les immunisations seront enregistrées, certifiées et visées par des vétérinaires accrédités. Ce suivi sanitaire permettra de mieux surveiller l’état de santé des animaux et de limiter la propagation de maladies au sein des troupeaux.

Les autorités précisent que le système régulera également les ventes, le transport et le commerce des chameaux, en imposant une documentation rigoureuse à chaque transaction. Selon les données officielles de 2025, l’Arabie Saoudite recense plus de 2,2 millions de chameaux répartis entre quelque 80 000 propriétaires.

Symbole de prestige et de tradition, le chameau conserve une place centrale dans la culture saoudienne. Les festivals et concours qui leur sont dédiés génèrent chaque année des millions de riyals, certains spécimens de lignée noble s’échangeant à des prix supérieurs à ceux de voitures de luxe.

Lutter contre les dérives

Le lancement de ce programme intervient alors que les autorités intensifient leur lutte contre les pratiques frauduleuses observées lors des concours de beauté camélidés, un phénomène préoccupant.

Ces compétitions très médiatisées, assorties de récompenses colossales, ont en effet vu se multiplier les modifications esthétiques, allant des lèvres gonflées, aux bosses remodelées, sans oublier les traits retouchés pour se conformer aux critères des jurys.

Des observateurs rappellent que de nombreux pays disposent déjà de dispositifs d’identification comparables pour les chiens ou les chats. L’Arabie saoudite ne fait donc qu’étendre à son animal emblématique une forme de gestion administrative désormais banalisée.

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