Groenland : un forage pétrolier lié à Trump attise la crise avec le Danemark

Une entreprise pétrolière texane a acheminé du matériel de forage sur la côte est de l’île semi-autonome, suscitant l’inquiétude des autorités locales. Celles-ci mettent en garde contre cette opération, qui ravive les tensions liées aux ambitions américaines sur ce territoire stratégique.

C’est un communiqué du gouvernement groenlandais qui a mis l’affaire sur le devant de la scène. Greenland Energy, une société texane fondée l’an dernier, a fait acheminer du matériel de forage sur la côte orientale de l’île sans en informer au préalable les autorités locales.

Selon le ministère groenlandais de l’Industrie et des Minéraux, des équipements destinés à l’exploration pétrolière ont été débarqués le mois dernier à Nunup Ka, dans la région de Jameson Land. Des habitants ont notamment observé un remorqueur tirer vers la côte une barge chargée d’une douzaine de conteneurs.

La firme, qui évalue à près de 1 000 milliards de dollars le potentiel pétrolier de la zone, envisageait d’investir environ 60 millions de dollars pour y creuser deux puits exploratoires. Problème : le Groenland a suspendu, depuis 2021, l’octroi de nouvelles licences pétrolières pour des raisons environnementales.

Une ambition commerciale affichée

C’est la compagnie britannique 80 Mile qui détient les droits d’exploration dans cette zone. Greenland Energy cherche à en prendre le contrôle majoritaire en contrepartie du financement des forages, mais l’aval du gouvernement groenlandais demeure indispensable.

Malgré la controverse, la société texane affirme qu’un nouvel envoi d’environ 300 conteneurs de matériel doit quitter le Canada le 12 septembre, pour un démarrage des opérations potentiellement prévu dès octobre.

Le dirigeant de l’entreprise, Larry Sweatz, a reconnu qu’un représentant avait informé à tort des habitants, lors d’une réunion en juin, que l’autorisation de débarquement avait déjà été obtenue. Il attribue cette confusion à un excès d’enthousiasme au sein de la société.

Greenland Energy assure néanmoins que ses discussions avec les régulateurs groenlandais restent constructives. Interrogé par France 24, Lucas Vaden, doctorant à Sciences Po et chercheur associé au programme Russie de l’université George Washington, a relativisé la portée juridique de l’affaire.

Une diplomatie suspendue à l’humeur présidentielle

Selon le politologue, la licence d’exploration détenue par 80 Mile est antérieure au moratoire instauré en 2021. Son exploitation ne soulèverait donc, sur le strict plan légal, que peu de difficultés. Le véritable point de friction réside plutôt dans l’absence de coordination avec les autorités groenlandaises concernant le débarquement des équipements.

Cet épisode intervient dans un contexte particulièrement sensible, alors qu’un groupe de travail tripartite réunissant Washington, Copenhague et Nuuk tente de négocier les contours futurs des relations entre les trois capitales.

D’après Lucas Vaden, l’enjeu majeur consiste désormais à déterminer si cette controverse procédurale remontera jusqu’au président américain et si celui-ci décidera de soutenir l’entreprise.

Une telle réaction risquerait, selon lui, de fragiliser les avancées diplomatiques patiemment obtenues ces derniers mois par les autorités groenlandaises afin de stabiliser leurs relations avec Washington. Le chercheur relativise toutefois l’ampleur des liens entre la direction de Greenland Energy et l’administration Trump, qu’il juge davantage personnels que structurels.

Le PDG de la société bénéficierait d’un accès privilégié à l’entourage présidentiel, sans que l’entreprise n’agisse pour autant comme un instrument direct de l’État américain, insiste-t-il.

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