L’ex-professeur de Cambridge a été retrouvé sans vie à son domicile, quelques jours après avoir démissionné de son poste face à des accusations de plagiat. L’affaire fait couler beaucoup d’encre et de salive à travers le monde.
Qui a tué Jason Arday ? Si la question peut paraître osée, voire disproportionnée au regard d’un décès que la police britannique ne juge à ce stade pas suspect, les circonstances qui l’ont précédé la rendent légitime.
En effet, moins d’une dizaine de jours avant que son corps ne soit découvert, vendredi 14 août, dans le quartier de Battersea, au sud de Londres, cet homme de 41 ans démissionnait de son poste de professeur de sociologie de l’éducation, sur fond d’enquête universitaire pour plagiat présumé.
Il était accusé d’avoir plagié des passages de sa thèse de doctorat et d’avoir menti sur plusieurs éléments de son parcours. Des griefs initialement formulés par Nathan Kofnas, lui-même renvoyé de Cambridge en 2024 après avoir été taxé de racisme.
« Bien au-delà d’un simple désaccord académique »
Dans un entretien au Times accordé plus tôt ce mois-ci, Jason Arday reconnaissait avoir commis des erreurs dans son travail universitaire, tout en rejetant l’étiquette de fraudeur. Il estimait que la campagne visant à l’évincer était motivée par des considérations raciales.
« Ce que j’ai vécu est allé bien au-delà d’un simple désaccord académique. Les accusations incessantes, les spéculations et les commentaires publics ont eu de profondes répercussions sur moi », avait-il écrit dans son communiqué de démission diffusé le 5 août.
« Il était au plus bas. Il ne voyait… aucune issue », témoigne, au micro de Sky News, Mike Freeman, l’un de ses anciens amis. Alors que beaucoup pointent désormais du doigt l’humiliation publique, les lynchages en ligne et le coût humain des guerres culturelles, d’autres estiment que cette affaire soulève d’importantes questions sur les exigences scientifiques, l’honnêteté intellectuelle et la responsabilité des institutions.
De nombreuses questions sans réponse
Parmi elles figurent les interrogations les plus délicates. En faisant de Jason Arday un fellow de Jesus College et, en 2023, le plus jeune professeur noir de sociologie de son histoire, l’université a-t-elle exercé une vigilance suffisante avant de l’élever à l’un des postes les plus en vue du pays ?
De nombreux anciens étudiants affirment que des inquiétudes concernant son encadrement ont été soulevées, mais sont restées sans suite. D’autres s’interrogent désormais : Cambridge n’a-t-elle pas également manqué à son devoir de protection envers un homme dont les vulnérabilités étaient pourtant bien connues ?
Diagnostiqué autiste dans son enfance, le défunt professeur racontait en effet avoir appris à parler à 11 ans, puis à lire et à écrire à 18 ans. « Cette campagne de désinformation a été insupportable pour Jason, un homme doux qui a toujours voulu voir le meilleur en chacun », écrit sa famille, dénonçant un harcèlement constant depuis son arrivée à Cambridge.
