Infrastructures vieillissantes, sécurité défaillante, galeries évacuées… Le nouveau président du musée, Christophe Leribault a récemment dressé devant le Sénat, un tableau sans fard d’un joyau en péril depuis bien des années.
« C’est un sacré challenge, je ne sais pas si je vais y arriver ». Dans des termes particulièrement directs, Christophe Leribault, nommé à la tête du Louvre il y a moins de quatre mois, a évoqué le 17 juin devant la commission de la culture du Sénat les difficultés auxquelles le musée est confronté.
« On peut le dire sans ambages : malgré son imposante majesté, malgré l’engagement quotidien de ses équipes, le Louvre est à bout de souffle », a-t-il déclaré. Le musée le plus visité au monde avec quelque neuf millions de visiteurs annuels, accumule en effet depuis des années des dysfonctionnements peu visibles du grand public.
Si l’apparence a été entretenue — une salle rénovée ici, un jardin réaménagé là —, les infrastructures profondes du palais ont, elles, été largement négligées. Dans l’aile sud du quadrilatère Sully, la fragilité des poutres du deuxième étage a ainsi conduit, en novembre dernier, à l’évacuation de plusieurs services administratifs, à la fermeture du centre de recherche et de la galerie Campana.
Un incident révélateur
Réseau électrique dépassé, fuites d’eau récurrentes, escalators défaillants, système de vidéosurveillance quasi inexistant à l’extérieur… Les installations de sécurité ont été jugées « complètement obsolètes et vétustes » par des sénateurs qui les ont visitées, le poste central de sécurité apparaissant « totalement sous-dimensionné ».
Ce constat a pris une résonance particulière après un cambriolage survenu récemment. Le 19 octobre 2025, un groupe est parvenu à pénétrer dans le musée en utilisant une nacelle élévatrice, à briser une fenêtre en hauteur et à dérober en huit minutes des bijoux de la Couronne estimés à 102 millions de dollars dans la galerie d’Apollon, avant de repartir par le même accès.
La présidente sortante, Laurence des Cars, avait pourtant alerté dès le 13 février 2025, dans une note confidentielle adressée au président de la République, sur les dégradations persistantes affectant l’établissement.
Un milliard d’euros et une urgence financière
Face à l’ampleur des besoins, le plan « Louvre Nouvelle Renaissance » apparaît plus que jamais nécessaire. Annoncé en janvier 2025 par Emmanuel Macron, il est évalué à plus d’un milliard d’euros, un montant que la Cour des comptes estime par ailleurs sous-évalué.
Le projet prévoit notamment la création d’une nouvelle entrée et l’ouverture de salles supplémentaires pour 660 millions d’euros, ainsi qu’une modernisation technique des installations pour 460 millions.
Devant les sénateurs, Christophe Leribault a indiqué que 360 millions d’euros devront être mobilisés « dans les prochains mois ». Le musée espère notamment obtenir 300 millions grâce au contrat de licence conclu avec le Louvre Abou Dhabi, inauguré en 2017.
Parmi les chantiers emblématiques figure le déplacement de la Joconde. Le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci, devenu victime de son succès, devrait être installé dans un espace dédié d’environ 3 000 mètres carrés, conçu pour accueillir un flux de visiteurs toujours plus important.
