Singapour sort le chéquier pour faire naître des bébés

L’État promet une aide substantielle sur plusieurs années pour chaque nouveau-né. Objectif : inciter les couples à avoir davantage d’enfants, alors que le pays est confronté à une baisse criante de son taux de natalité.

Être rémunéré pour avoir des enfants. L’initiative peut sembler, à certains égards, cocasse. C’est pourtant la formule choisie par Singapour. Dans un discours prononcé en marge de la Fête nationale, fin août, le Premier ministre Lawrence Wong a annoncé un paquet de mesures destiné à encourager les ménages à procréer davantage.

Cela passe par un accès prioritaire aux logements publics subventionnés et par l’augmentation des congés payés. La mesure la plus spectaculaire reste l’octroi d’environ 55 000 dollars à chaque enfant jusqu’à ses 17 ans.

« Nous voulons que chaque famille sache : si vous choisissez d’avoir des enfants, le gouvernement sera à vos côtés », a assuré le chef du gouvernement, cité par Le Parisien, alors que Singapour est confronté à un double défi.

La population jeune diminue, ce qui entraîne une réduction de la main-d’œuvre locale. Dans le même temps, le nombre de personnes âgées augmente fortement, avec tous les défis sociaux et économiques que cela implique.

Un seuil de renouvellement critique

Les chiffres donnent une idée plus précise de ce problème devenu structurel pour le pays. L’indice synthétique de fécondité de Singapour est tombé à seulement 0,87 l’année dernière.

Cela signifie qu’aux taux actuels, 100 femmes singapouriennes auraient seulement 87 enfants au cours de leur vie. Par ailleurs, environ un Singapourien sur cinq a déjà 65 ans ou plus.

Le pays s’oriente ainsi vers ce que les démographes appellent une société « super-vieillissante » ou « hyperâgée ». Cette expression désigne un État dans lequel un cinquième de la population a 65 ans ou plus.

Or, 2,1 enfants par femme représentent approximativement le taux de fécondité nécessaire pour qu’une population se renouvelle d’une génération à l’autre, en l’absence de migration.

Des pouvoirs publics limités

Le cas singapourien s’inscrit dans une dynamique inverse pour de nombreux pays — dont la Chine et la Corée du Sud, entre autres —, où le problème, contrairement au passé, n’est plus que l’humanité se multiplie trop rapidement.

Il y a 25 ans, les politiques de Singapour visaient davantage à favoriser les rencontres, à encourager les jeunes à faire connaissance, à se marier et à fonder une famille. Les autorités semblent désormais avoir décidé de changer de fusil d’épaule, tout en admettant une certaine impuissance.

« Malgré tout ce que nous faisons pour soutenir les familles, nous devons être réalistes : notre taux de fécondité total restera probablement bien en deçà du seuil de remplacement », a déclaré Lawrence Wong, qui mise également sur l’option de l’immigration.

Reste à savoir dans quelle mesure l’immigration peut compenser la baisse des naissances, et dans quels secteurs les nouveaux arrivants doivent être intégrés. Faut-il privilégier une immigration très qualifiée ? Ce sont autant de questions qui alimentent le débat dans le pays.

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