La filiale de Volkswagen cède l’intégralité de ses parts dans la joint-venture Bugatti Rimac, ouvrant une nouvelle ère pour la marque au double EB, désormais aux mains d’un consortium d’investisseurs privés mené depuis New York et Abou Dhabi.
Porsche a annoncé, vendredi 24 avril, son retrait de Bugatti Rimac, en cédant ses 45% de participation. Un consortium d’investisseurs basé à New York, conduit par HOF Capital — déjà présent au capital de SpaceX et d’Epic Games — ainsi que par Blue Five Capital, société d’investissement d’Abu Dhabi gérant 15 milliards de dollars d’actifs, reprend cette coentreprise fondée en 2021.
Avec cette opération, Bugatti coupe définitivement ses liens institutionnels avec le groupe Volkswagen (VW), qui avait pourtant orchestré, depuis les années 1990, la spectaculaire renaissance de la marque alsacienne.
Ferdinand Piëch, alors à la tête de VW et engagé dans les négociations pour l’acquisition de Rolls-Royce et Bentley, avait en effet relancé la marque comme un projet parallèle, avec l’ambition d’en faire la référence mondiale des supercars.
Mais avec le désengagement de Porsche, l’aventure Bugatti-Rimac s’achève prématurément, à peine quatre ans après sa création. En cause, les coûts qu’elle a engendrés pour Volkswagen, qualifiés de véritable fardeau par Reuters.
Les contrecoups d’une alliance autrefois saluée
Selon certaines sources, Bugatti accuse une perte d’environ six millions de dollars par véhicule produit, un déficit jusqu’ici absorbé par le groupe allemand au titre des dépenses marketing liées à sa stratégie dite de « halo brand ».
Ce concept désigne des modèles vitrines, conçus pour mettre en avant le savoir-faire technologique du constructeur plutôt que pour générer des profits. Depuis 2005, environ 700 unités seulement ont été vendues et, même avec une estimation prudente de quatre millions de dollars de perte par exemplaire, le déficit cumulé dépasse les 2,8 milliards de dollars.
Dans le même temps, les bénéfices opérationnels de Porsche ont chuté de 92,7%. Cette situation représente un manque à gagner supplémentaire de 4,5 milliards de dollars, dans un contexte où les contraintes réglementaires environnementales pèsent à elles seules pour plus de 30 milliards de dollars sur les comptes du groupe.
Un recentrage sous pression
« Désormais, avec la vente de notre participation, nous recentrons Porsche sur son cœur de métier », a déclaré à Reuters Michael Leiters, PDG de Porsche. En poste depuis le début de l’année, le dirigeant fait face à une pression croissante des investisseurs pour arrêter la saignée.
L’objectif est désormais de dégager des ressources pour financer les priorités industrielles du groupe. Pour Bugatti, cette transaction ouvre une nouvelle phase. La marque passe sous le contrôle d’acteurs extérieurs à l’industrie automobile, affranchis des contraintes et des logiques propres aux grands constructeurs.
Reste à savoir si ces nouveaux investisseurs, avant tout séduits par la valeur patrimoniale et le prestige de l’enseigne, choisiront d’intervenir dans ses orientations stratégiques.
