Washington assiège les institutions de Bretton Woods

La Banque mondiale et le Fonds monétaire international sont confrontés à une offensive de l’administration Trump, qui cherche à les contraindre à renoncer à leurs engagements en matière de financement climatique.

« Une dérive de mission ». C’est ainsi que les États-Unis qualifient l’orientation prise ces dernières années par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), accusés de s’éparpiller dans de nombreux domaines au détriment de leur mandat originel de « garantir la stabilité économique et lutter contre la pauvreté ».

Dans le viseur de l’administration américaine figurent notamment le développement international, la lutte contre le réchauffement climatique, les questions de genre ainsi que les enjeux sociaux.

Par la voix du secrétaire au Trésor, Scott Bessent, Washington appelle les deux institutions de Bretton Woods à se délester de ces « éléments parasites », dans une lettre rendue publique le 15 avril, en marge des réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI organisées dans la capitale fédérale.

« La Banque devrait tourner son attention vers la question de savoir si ses investissements et les pays qu’elle soutient sont résilients à une multitude de chocs, plutôt que de s’efforcer d’atteindre des objectifs arbitraires absurdes », écrit l’officiel américain.

Un financement climatique vital pour les pays du Sud

Cette mise en garde, qui inclut un appel à soutenir l’ensemble des sources d’énergie – y compris les énergies fossiles –, s’inscrit dans la continuité de la doctrine « America First », résolument opposée aux politiques climatiques portées par Donald Trump.

Dès l’automne dernier, Scott Bessent avait déjà demandé la suppression de plusieurs cibles liées au financement climatique figurant dans la feuille de route de la Banque mondiale. Il plaidait parallèlement pour que l’institution finance toutes les sources d’énergie dites « abordables et fiables », incluant le gaz, le pétrole et le charbon.

Ce virage politique intervient alors que le plan d’action actuel de la Banque mondiale et du FMI en matière de financement climatique est en effet arrivé à expiration en juin, et les deux institutions devaient adopter une nouvelle stratégie incluant des mécanismes de soutien renforcés aux pays en développement.

Dans ce contexte, experts interrogés par France 24 en marge des réunions à Washington mettent en garde contre les conséquences d’un renoncement. Au-delà d’hypothéquer l’avenir de la planète, une telle approche fragiliserait davantage des économies déjà éprouvées par la volatilité des cours du pétrole.

Des résistances s’organisent

Malgré les pressions américaines, plusieurs responsables présents à Washington affichent leur volonté de ne pas céder entièrement. Selon des sources proches des négociations citées par la chaîne française, certains acteurs restent mobilisés pour élaborer de nouveaux plans climatiques ambitieux avant la clôture des discussions samedi.

Cette résistance s’appuie sur une tendance de fond, à savoir que le déploiement des énergies renouvelables dans les pays en développement s’accélère désormais indépendamment des financements institutionnels, sous l’effet mécanique de la baisse continue de leur coût de production.

Dans plusieurs régions du monde en développement, le solaire et l’éolien sont déjà devenus moins coûteux que le pétrole. Une réalité que la crise énergétique actuelle ne fait qu’accentuer.

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