L’administration Trump a interdit l’entrée sur son territoire à cinq responsables européens, accusés d’avoir joué un rôle clé dans l’adoption de réglementations technologiques jugées restrictives et discriminatoires par Washington.
Les États-Unis ont annoncé, mardi 23 décembre, la suspension des visas d’entrée sur leur territoire pour cinq personnalités européennes, parmi lesquelles figurent quatre responsables d’organisations non gouvernementales engagées dans la lutte contre la désinformation en ligne, ainsi que l’ancien commissaire européen Thierry Breton.
Ce dernier, qui occupa de 2019 à 2024 le poste de commissaire au marché intérieur, est, comme les autres personnes visées, accusé d’avoir activement contribué à l’élaboration des deux principales législations européennes encadrant le numérique : le Digital Services Act (DSA) et le Digital Markets Act (DMA).
Adoptés après de longues négociations, ces textes constituent le pilier central de la stratégie de l’Union européenne visant à encadrer les géants de la technologie. Le DSA, notamment, est perçu comme la « bête noire » de l’administration Trump en raison de ses exigences strictes à l’encontre des plateformes opérant dans l’UE.
« Censure extraterritoriale »
Il impose en effet la suppression rapide des contenus illégaux – discours de haine, propos antisémites ou campagnes de désinformation –, tout en renforçant la transparence sur le fonctionnement des algorithmes de recommandation, ces outils souvent opaques décidant de ce que les internautes voient sur leurs écrans.
Pour Bruxelles, ces dispositions représentent une protection essentielle des citoyens et de la démocratie à l’ère numérique. Washington, en revanche, y voit une « atteinte directe à la liberté d’expression ». L’administration américaine accuse régulièrement ces réglementations de cibler quasi exclusivement les grandes entreprises technologiques américaines.
« Depuis trop longtemps, les idéologues européens mènent des actions concertées pour contraindre les plateformes américaines à sanctionner les opinions américaines auxquelles ils s’opposent. L’administration Trump ne tolérera plus ces actes flagrants de censure extraterritoriale », a écrit le secrétaire d’État, Marco Rubio, sur X.
Les griefs américains sont d’autant plus exacerbés que de nombreux groupes de la Sillicon Valley sont tombés sous le coup de ces réglementations ces dernières, avec pour conséquence, des sanctions financières massives.
Bruxelles se défend
À ce jour, Google détient ainsi le triste record du montant total des sanctions, avec plus de 8 milliards d’euros d’amendes depuis 2017, essentiellement pour des violations du droit de la concurrence. Apple a dû verser 500 millions d’euros, tandis que Meta (maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp) a écopé d’une pénalité de 200 millions d’euros.
Plus récemment, X – le réseau social d’Elon Musk, ancien proche conseiller de Donald Trump – a été condamné à une amende de 140 millions d’euros pour non-respect du DSA. Face à ces mesures de rétorsion américaines, les réactions officielles européennes ne se sont pas fait attendre.
En France, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot ont dénoncé « avec la plus grande fermeté » cette offensive américaine. Stéphane Séjourné, successeur de Thierry Breton au poste de commissaire européen, a également exprimé son opposition.
« L’UE est un marché unique ouvert, fondé sur des règles, avec le droit souverain de réglementer l’activité économique conformément à nos valeurs démocratiques et à nos engagements internationaux », a réaffirmé pour sa part, Bruxelles.
