La défiance systématique envers la justice depuis le retour de Donald Trump au pouvoir menace l’un des fondements mêmes de la démocratie américaine.
L’Amérique traverse-t-elle une crise constitutionnelle ? La question se pose face aux tensions croissantes entre l’administration Trump et le pouvoir judiciaire, depuis le retour du président républicain à la Maison Blanche en janvier dernier.
Le dirigeant, qui avait déclaré durant la campagne qu’il serait « dictateur » uniquement « pendant le premier jour » de sa présidence, multiplie en effet les bras de fer avec les tribunaux lorsque ceux-ci statuent contre ses politiques.
Selon une analyse du Washington Post, de janvier 2025 à la mi-juillet, plus de 337 procès ont été intentés contre l’administration Trump. Sur les 165 affaires où les tribunaux ont désavoué celle-ci, 57 cas – soit près de 35% – font l’objet d’accusations de non-respect ou de contournement des ordonnances judiciaires.
Les pratiques énumérées par cette enquête fleuve du Post sont multiples vont de la fourniture d’informations mensongères, aux refus de transmettre des preuves, le contournement discret des ordres judiciaires, ou encore l’invention de prétextes pour poursuivre des actions pourtant bloquées par la justice.
L’affaire Kilmar Abrego García, révélatrice
Les juges, qu’ils soient nommés par des présidents démocrates ou républicains, dénoncent aujourd’hui une stratégie délibérée de résistance qui menace l’architecture constitutionnelle américaine. L’affaire Kilmar Abrego García illustre parfaitement le mépris affiché par l’administration Trump envers la justice.
Cet immigrant sans papiers de 29 ans vit dans le Maryland depuis 2011. Une ordonnance judiciaire le protège depuis 2019 contre toute expulsion. Pourtant, en mars, il est déporté de force vers le Salvador avec d’autres personnes accusées d’appartenir à un gang.
L’administration reconnaîtra plus tard une « erreur administrative », mais refuse de « faciliter son retour » malgré l’ordre d’une juge fédérale, confirmé ensuite par la Cour suprême. Après des semaines de tergiversations, Abrego est finalement rapatrié, mais inculpé dès sa descente d’avion pour trafic d’armes, entre autres accusations.
Un juge fédéral autorise sa libération sous caution. Le ministère de la Justice fait appel. Parallèlement, il prévient que si Abrego sort de prison, les services d’immigration l’arrêteront immédiatement pour une nouvelle expulsion.
Bravade et aveu d’impuissance
Paul Michel, ancien juge fédéral et procureur spécial dans l’affaire du Watergate, établit un parallèle troublant avec l’été 1974, quand Nixon avait initialement refusé de remettre les enregistrements de l’Oval Office.
« Le défi actuel est encore plus important et complexe, car il implique des centaines d’actions, pas seulement une assignation pour des bandes« , explique-t-il au Washington Post.
Cette impuissance judiciaire s’explique par un paradoxe institutionnel : les tribunaux dépendent du pouvoir exécutif pour faire appliquer leurs décisions. Les marshals fédéraux, chargés d’exécuter les ordonnances judiciaires, relèvent en effet de l’autorité présidentielle.